Fête du Cuvier

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Wine vat by Natalya Veshtits.jpg

La Fête du Cuvier est une tradition de Toussaint.

Sous la plume de Sapkowski[modifier | modifier le wikicode]

Le vacarme emplissait la cour qui résonnait du piaillement frénétique des chalumeaux, de la musique sauvage des pipeaux, du tintement forcené des tambourins. Tout autour d’une estrade sur laquelle était installée une cuve, des montreurs d’ours et des acrobates parés de couronnes dansaient, gesticulaient, faisaient des cabrioles. La cour et les galeries étaient noires de monde : chevaliers, dames, courtisans, bourgeois richement vêtus. Le chambellan Sebastian Le Goff leva une canne parée d’une liane de vigne, puis il frappa l’estrade par trois fois.
— Hooo ! s’écria-t-il. Nobles dames, messieurs, messires les chevaliers !
— Hooo ! répondit la foule.
— Hooo ! Voici venue l’heure de notre coutume ancestrale ! Souhaitons bonne chance au raisin ! Hooo ! qu’il mûrisse au soleil !
— Hooo ! qu’il mûrisse !
— Hooo ! que le raisin écrasé fermente ! Qu’il acquière force et caractère dans les tonneaux ! Qu’il vogue dans les timbales et monte à la tête, pour la gloire de Sa Majesté, des belles dames, des nobles chevaliers et des travailleurs des vignobles !
— Hooo ! qu’il fermente !
— Place aux Belles !
Des tentes damassées dressées du côté opposé de la cour surgirent deux femmes ; il s’agissait de la princesse Anna Henrietta et de sa compagne aux cheveux noirs. Drapées toutes deux dans des manteaux écarlates.
— Hooo ! dit le chambellan en frappant l’estrade de sa canne. Place aux Jeunes Hommes !
Les « Jeunes Hommes » avaient été mis au courant, ils savaient ce qu’ils avaient à faire. Jaskier s’avança vers la princesse, Geralt s’approcha de la femme aux cheveux noirs, qu’on appelait, il le savait à présent, Vénérable Fringilla Vigo. Les deux femmes laissèrent tomber simultanément leur manteau, et la foule gronda, leur réservant une bruyante ovation. Geralt avala sa salive. Elles étaient vêtues d’une chemise aussi fine qu’une toile d’araignée qui leur arrivait à peine à la cuisse, et portaient une culotte moulante à volants. Rien d’autre. Pas même de bijoux. Et elles étaient pieds nus. Geralt prit Fringilla par la main tandis qu’elle le saisissait avec enthousiasme par le cou. Il se dégageait d’elle un délicat parfum d’ambre et de rose. Elle respirait la féminité. Sa peau était chaude, d’une chaleur communicative. Elle était tendre, et cette tendresse brûlait et lui picotait les doigts. Les deux hommes conduisirent leur cavalière jusqu’à la cuve et les aidèrent à monter sur le monticule de raisins qui ployaient et se vidaient de leur jus. La foule rugit.
— Hooo !
Face à face, les deux femmes posèrent chacune leurs mains sur les épaules de l’autre de manière à se soutenir et à garder plus facilement l’équilibre sur le tas de raisins où elles s’enfonçaient déjà jusqu’aux genoux. Le moût jaillissait de tous côtés avec force éclaboussures. Les femmes tournaient sur elles-mêmes en écrasant les grappes, elles gloussaient comme des gamines. Fringilla lançait au sorceleur des œillades pas protocolaires pour un sou.
— Hooo ! criait la foule. Que le raisin fermente !
Le jus jaillissait du raisin pressé, le moût trouble bouillonnait et moussait abondamment autour des genoux des jeunes femmes. Le chambellan frappa de sa canne les planches de l’estrade. Geralt et Jaskier s’avancèrent pour aider la princesse et sa compagne à sortir de la barrique. Geralt avait remarqué qu’au moment où Jaskier avait pris Anna Henrietta par le bras, celle-ci lui avait mordillé l’oreille tandis que ses yeux lançaient de dangereuses étincelles. De son côté, il eut l’impression de sentir les lèvres de Fringilla lui effleurer la joue, mais il n’aurait su dire si c’était ou non fortuit. Il reposa Fringilla sur l’estrade, l’enveloppa dans son manteau écarlate. Elle exerça une brève pression sur sa main.
— Ces traditions ancestrales peuvent être excitantes, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en chuchotant.
— En effet.
— Je te remercie, sorceleur.
— Tout le plaisir fut pour moi.
— Il fut partagé. Je t’assure.

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